Marc Dixon                                        Jours Sombres Nuits blanches

Une voix grave

C'est cela Marc Dixon, une voix grave. C'est-à-dire une voix basse dans sa tonalité. C'est-à-dire, aussi, une voix dont les propos, bien qu'enrobés de la politesse de l'humour, ne sont pas toujours des plus optimistes. Mais encore, et surtout, on écoute Marc Dixon et une voix grave son souvenir dans nos mémoires comme sur ces supports qui n'ont pas encore été dématérialisés. Bien sûr, son empreinte digitale laisse également sa trace dans l'univers numérique.

Marc Dixon, c'est un artiste dont la vie a toujours tourné autour de la musique.  D'abord une adolescence punkisante rapidement recalibrée rock, et pas que sur les scènes qu'il arpentait, et pas que les nuits et pas que les scènes qu'il y faisait. Quelques singles, écrits, composés, chantés par Marc, produits par Mirwais (Taxi Girl, Madonna), ensuite les radios libres, lorsqu'elles méritaient encore cette flatteuse épithète, puis la télévision, alors que Be tv s'appelait encore Canal + Belgique. Marc y travailla comme consultant avant de créer sa propre émission, "Fast Forward", une hebdo d'actu musicale que des cohortes de fans regrettent encore.

La page Canal + tournée, les rencontres qu'il fait alors dans son nouveau projet de producteur télé indépendant (Iggy, Arno, Susana Baca, Faithless, Placebo...) n'allaient pas vraiment contribuer à arrondir les angles de l'amour aigu que cette voix grave porte à la musique. Plus que jamais, il s'en nourrissait, la consommait et la vivait, avidement évidemment.

En 2009, il franchit le Rubicon, et publie son premier album, Malédixon, qu'il défendra notamment sur la scène des Francofolies de Spa. Parallèlement, pendant 2 années, Marc Dixon, plus protéiforme que jamais, fait un détour par la photographie. En ressort une expo, "Waterleau", qu'accueillera notamment l'Espagne. Le nom l'indique, c'est bien l'eau qui en est le thème, et si l'artiste n'entendait pas jeter un pavé dans la mare, il emmène pourtant cet élément essentiel vers une abstraction qui le réécrit en une étrange matière, l'extirpe de sa fatalité "incolore" et le ramène à sa minéralité.

Deux ans plus tard, il croise à nouveau la route de Jérôme Mardaga, plus connu sous le nom de Jéronimo. Ces deux-là se connaissaient, s'appréciaient déjà mais ignoraient encore à quel point. Presque par hasard, Marc fit entendre ses nouveaux mots, fraîchement écrits, presque par accident, Jéronimo y colla des accords de guitare.

Presqu'évidemment, il y eut osmose. La raucité de la voix de Marc, aggravée par le temps, les aspérités (désen)chantées de ses mots donnèrent à Jérôme des envies de guitares apaisées, harmonieuses, de celles qui ne respirent pas la joie mais apportent une bouffée d'air frais et aèrent l'esprit. À eux deux, avec Jérôme à l'enregistrement et aux instruments (plus Gilles Martin pour le mixage et le mastering), ils allaient défricher des chemins encore à déchiffrer, parcourir de leur ballades bluesy leurs hésitations créatrices assumées. Jérôme allait sublimer sa Gretsch, Marc affiner ses textes, dessinant ainsi une manière de néo-folk citadin, souvent intranquille mais dans lequel les deux compères semblent en parfait accord. Entre eux, avec eux, avec un univers à la fois urbain et vil, poli mais ébréché. Le moment de bravoure de l'album est sans doute "The others are not my refuge", 6 minutes de langueur hypnotique tressées autour d'un mantra reçu par Marc dans un monastère thaïlandais. Mais le single "Si tu joues ta vie" (et la vidéo réalisée par Santos Hevia) en constitue une parfaite introduction..

Jours Sombres Nuits Blanche est un disque à la fois solaire et lunaire, qui se réjouit des éclipses et dont les saillies lumineuses et brillantes de noirceur tracent un (micro)sillon rare et inattendu en nos contrées.

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